Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumiére. Dans l'âtre, le feu qui ronfle, et toi appuyée de l'épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuits interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ, une autre vie, à l'infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l'horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et bien en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t'écouter, te comprendre, t'accompagner. Partir, partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui te ronge, comment s'en défaire ? Au fond de toi cette plainte, ce cri rauque qui est allé s'amplifiant mais que tu réprimais, refusais, niais, et qui au fil des jours, au fil des ans a finit par t'étouffer. La nuit interminable des hivers. Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait renaître. A jamais les routes interdites enfouies, perdues. Mais ces instants que je voudrais revivre avec toi, ces instants où tu lachais les amarres, te livrais éperdument à la flamme, où tu laissais s'epanouir ce qui te poussait à t'aventurer toujours plus loin, te maintenait les yeux ouverts face à l'inconnu. Tu n'aurais osé le reconnaitre, mais à maintes reprises, il est certain que l'immense et l'amour ont deferlé sur tes terres. Puis, comme un coup qui t'aurait brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n'en finissait pas. Effondrée, hagarde, incappable de reprendre pied.
Te ressussiter, te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers, avec cette lumiére qui te portait, mais qu'un jour, pour ton malheur et le mien, s'est déchirée.
mypinkkword
17 ans
Angoulême
(16)
France
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